Brexit : Le souverainisme français a tout faux !

Publié le par Bestfriend

Brexit : Le souverainisme français a tout faux !

Fin Juin 2016, les britanniques, enfin surtout les anglais, ont voté à une majorité aussi claire qu'inattendue pour la sortie du Royaume-Uni de la communauté européenne. Cette décision souveraine est l'aboutissement d'une participation chaotique au projet européen vu par Jean Monnet et consorts, un projet qui manifestement a du plomb dans l'aile au vu de l'hostilité croissante, pour de bonnes et mauvaises raisons, de la part des peuples du continent.

Mais ce qui s'est passé depuis 2 mois montre qu'une bonne partie de cette hostilité, et notamment celle que l'on peut observer en France ne mène pas bien loin. Chez nous, à de rares exceptions près, les souverainistes que l'on trouve sur l'ensemble de l'échiquier politique sont tous partisans d'une forte intervention de l'Etat dans l'économie. Au point que l'hypertrophie quasi-soviétique des administrations françaises ne les gène pas du tout, et que parfois ils en voudraient davantage. On entend même parfois Florian Philippot, parler d'une Union Européenne "ultra-libérale" (quand bien même elle abrite les pays à la protection sociale la plus élevée du monde), et de promettre une renationalisation d'EDF et des Autoroutes.

Du coté britannique, au contraire, une part essentielle des partisans du "Leave" se trouve à droite et avec une idéologie clairement libérale.Le Labour socialiste a fait massivement campagne pour rester dans l'UE, alors que les 2 figures emblématiques de la sortie, Nigel Farage et Boris Johnson sont aussi des partisans d'un interventionnisme d'Etat, d'une fiscalité et d'une protection sociale réduites au minimum, s'opposant même au plafonnement des bonus des traders de la City et se proclamant héritiers de Margaret Thatcher. On est donc en totale opposition avec le souverainisme français, qu'il soit d'extrême-droite, ou prétendument "gaulliste" (Philippot, Dupont-Aignan, Guaino) ou même marxiste comme on peut le trouver à la gauche du PS (Montebourg, Hamon,Filoche ou l'éternel cocu Mélenchon). On se demande comment ces gens ont pu crier victoire le 24 Juin dernier en apprenant les résultats du vote britannique, qui déjà montrait des lignes de fractures préoccupantes.Le pire étant pour les gens de gauche d'oublier l'impact du rejet de l'immigration dans le vote contre l'UE.

Dans le concret, le Brexit n'est pas encore rentré en application, et tant Farage que Johnson se sont effacés car pas forcément à l'aise pour tenir leurs promesses. Les conséquences ne sont pas aussi catastrophique pour le Royaume-Uni que certains le prétendaient, mais on a vu la Livre Sterling chuter de 20%,et l'activité économique plutôt faiblir. Surtout, l'énorme pied de nez fait aux souverainistes français anti-libéraux a été cette baisse sensible de l'Impôt sur les sociétés afin de limiter la chute des investissements, passant de 20% à 15% !! Rappelons que dans notre "paradis hexagonal", la ponction est de 34% ...

En clair, nos souverainistes étatistes ont tout faux. Le Brexit est clairement un choix de politique ultra-libérale qu'ils exècrent et cela révèle l'impasse de ce mode pensée politique qui a pris tant de place dans notre vie politique, sans doute parce bien des "français pensent encore pouvoir vivre dans un monde tel qu'ils voudraient qu'il soit, et non pas tel qu'il est" (dixit François Fillon).Ce n'est pas l'UE qui est ultra-libérale, ce sont eux qui sont ultra-démago et n'ont aucun exemple concret de réussite des idées fumeuses qu'ils portent, alors que bien des pays de l'UE, y compris dans la zone Euro et pas seulement de l'Allemagne (voir graphique sur le commerce extéreur) ont une économie solide, une industrie compétitive, une protection sociale qui ne finance pas l'assistanat comme chez nous mais apporte les prestations nécessaires.

Sur le plan monétaire, mêmes mensonges avec ce discours prétendant que l'Euro serait bon pour l'Allemagne et mauvais pour la France.Nos économies sont-elles au départ si différentes? Est-ce la faute de l'Euro si une usine basée en France produit soit plus cher, soit de moins bonne qualité que son équivalent située de l'autre coté du Rhin? Ceci alors que l'une doit gérer une paperasse monumentale, la législation sociale la plus complexe du monde, la fiscalité la plus confiscatoire et tout aussi complexe, doit financer un Etat qui engloutit 58% du PIB contre 47% en Allemagne, et moins encore dans la plupart des pays européens?

Ce que veulent les souverainistes français,ce sont des dévaluations compétitives qui donnent l'illusion de régler les problèmes d'une économie et ne fait que l'enfoncer dans les déficits structurels. Les produits deviennent moins cher à l'exportation durant quelques mois, avant que la gabegie étatique,le financement du train de vie d'une fonction publique hypertrophiée ne refassent perdre en compétitivité, que la baisse de la monnaie se traduise par une hausse des prix à l'importation de produits indispensables et impossibles à produire chez nous (matières premières, composants électroniques comme cela s'est passé pour la France de F. Mitterrand). Si tous les pays européens abandonnaient l'€ et se lançaient dans des dévaluations compétitives telles qu'en rêvent les chevènementistes, cela ferait des dégâts considérables en terme d'emploi et minerait les investissements.Je suis tout le contraire de ces grands théoriciens de l'économie qui au quotidien seraient incapables de gérer une baraque à frites. Je travaille depuis 30 ans dans des PME, parfois industrielles, et constate que l'on a besoin de stabilité notamment monétaire pour investir, pour améliorer les produits et éviter justement de devoir baisser les prix (stratégie de différenciation). Les dévaluations ne bénéficient qu'aux spéculateurs et aux industriels opportunistes, pas à ceux qui ont une vision pour créer les richesses de demain, pour produire mieux, et également dans le respect de l'environnement.

L'Union Economique Européenne est loin d'être parfaite.Ses instances sont certainement surdimensionnées, coûteuses et abritent pas mal d'apparatchiks arrogants et coupés du monde; mais elle accapare tout de même bien moins de richesses de notre administration française hypertrophiée.Si l'UE a encore les faveurs d'une immense majorité des décideurs économiques du terrain, c'est bien parce qu'elle a apporté cette visibilité, cette confiance pour travailler de manière qualitative, pour investir avec des visions de long terme, et non des résultats à la petite semaine, chers aux politiciens français.

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demi-mot 22/08/2016 11:45

Vous qualifiez Hamon et Montebourg, entre autres, de souverainistes mais ces personnalités politiques n'ont jamais prôné la sortie de l'Union Européenne ou de l'Euro contrairement aux souverainistes de droite et d'extrême-droite que vous avez cité dans votre article. Je ne suis même pas sûr qu'il existe au sein de la gauche française un groupe qui peut être qualifié de souverainiste. La position de Mélenchon est celle d'un ultimatum pour changer l'orientation idéologique de l'Union Européenne en matière d'économie. Quant à Chevènement, il n'a plus aucune fonction politique et son mouvement est à l'agonie, à tel point que plus personne ne s'en revendique.

Le souverainisme est foncièrement une idée de droite car il prône un retour à la Nation et le rétablissement des frontières. Par ailleurs, il est très marqué par une hostilité à l'immigration qui a d'ailleurs été très visible dans les motivations qui ont amené les britanniques à voter en faveur du "Leave". En réalité, parler de "souverainisme de gauche" est un oxymore.

Ce qui me fait marrer chez les souverainistes, c'est l'absurdité de leur raisonnement qui consiste à invoquer leur désaccord avec la politique de l'Union Européenne pour justifier leur volonté d'en sortir. Si ces souverainistes s'avouent incapables de convaincre les Européens de changer leur politique, comment peuvent-ils prétendre pouvoir convaincre leurs citoyens nationaux que leur politique est la bonne ? On a d'ailleurs bien vu la lâcheté des partisans du Brexit qui se sont défiler juste après les résultats du vote car ils savent très bien qu'ils ne peuvent pas tenir leurs promesses.

corrector 17/09/2016 14:46

Il devrait être facile de mettre en difficulté le FN en prenant le contre-pied de l'approche habituelle (extrem' drouat'! fachos! pas gentils!)

Bestfriend 27/08/2016 21:46

On ne voit pas très bien avec la politique prônée par Montebourg et surtout Hamon,comment la France pourrait rester dans l'UE.Par rapport à l'extrême-droite, la différence est que comme tous les marxistes,ils avancent masqués avec des propositions totalement démagogiques et inapplicables sans gouverner à la manière d'un Chavez ou d'un Maduro, avec le succés que l'on sait.

corrector 23/08/2016 03:07

"On a d'ailleurs bien vu la lâcheté des partisans du Brexit qui se sont défiler juste après les résultats du vote car ils savent très bien qu'ils ne peuvent pas tenir leurs promesses"

MDR

Personne ne s'est "défié". Vous lisez trop la propagande gauchiasse-pro-GLBT-pro-immigration-pro-Islamisme-pro-fascisme-globaliste.

corrector 21/08/2016 18:17

"promettre une renationalisation d'EDF et des Autoroutes"

Il s'agit certainement d'une promesse symbole et d'un marqueur idéologique plutôt que d'une chose réaliste! Il s'agit de la critique d'une manière de penser qu'il faut toujours plus de "privatisations" et qui mélange tout et n'importe quoi (le vente complète d'un actif industriel appartenant à l'Etat et les contrats de concession et autres PPP).

Je suis contre l'étatisation à outrance mais il ne semble pas dramatique que certaines entreprises qui ne sont pas soumises à une concurrence habituelle (il n'y a pas d'alternative équivalente en France aux autoroutes ou à EDF) ne soient pas traitées comme celles qui le sont (comme un fabricant d'automobiles).

Aujourd'hui EDF est en pratique contrôlé par l'Etat mais la gestion en SARL doit protéger les intérêts de la société et donc des clients contre les décisions d'affiche politicien comme la promesse de détruire un appareil productif qui va rapporter des milliards d'euros!

Mais l'ouverture du marché de l'énergie imposé par l'UE ne m'est jamais apparu comme une priorité parmi les réformes à effectuer en France. L'énergie est un bien essentielle de toute la société, comme l'eau. Une coupure de quelques heures (sur une grande échelle géographique) cause des effets considérables; une coupure de plusieurs jours peut être catastrophique.

Tout ce qui est essentiel à toute l'économie n'a pas besoin d'être étatisé (comme la téléphonie), mais certaines choses me semblent plus critiques que d'autres, comme l'eau et l'énergie courante. Et on peut stocker un peu d'eau courante (pour boire, une gourde permet de tenir plusieurs heures), on a du mal à stocker un peu d'énergie courante : il faut d'énormes packs de batteries pour faire tenir quelques heures des moyens de production industrielle.

Donc on peut considérer qu'il y a des services de base qui ne sont pas des missions régaliennes mais qui peuvent être au moins dans un premier temps laissés à l'écart de la mise en concurrence systématique. On fera utilement la comparaison entre l'utilité d'un service de communications mobiles et d'un fournisseur d'électricité.

La mise en concurrence d'EDF étant de plus une farce d'un point de libéral. Du pseudo-libéralisme européiste bas de gamme! C'est très choquant pour ceux qui travaillent chez EDF d'avoir l'impression de travailler pour aider la concurrence!